11.09.2007

Contre sens

Putain. 6 ans. Je n’imaginais pas de telles proportions. 6 ans jour pour jour que je me suis engagé à crever. Je ne pensais pas en arriver là. Tout s’est passé si vite.
Un nègre. Je suis un putain de nègre en chute libre, menotté. J’essaie de m’accrocher aux choses sans plus y croire, c’est terminé. Je pense noblesse et authenticité, je pense beauté et art et don de soi. Je pense toutes ces conneries, mais rien n’y fait. Tout est allé très vite, il y a 6 ans, dans ce bureau. Trop chic. Trop gentil. J’avais 18 ans. Il m’a demandé : pourquoi écrivez-vous ? J’ai dit : parce que j’en ai besoin, je crois que c’est une sorte d’équilibre, quelque chose de cet ordre. Alors continuez à écrire, qu’il a dit, mais pourquoi cherchez à éditer, hein ? Votre satisfaction n’est pas là. Je ne savais pas quoi dire. Il y avait une offre. Sur le coup j’étais fier, c’était comme un premier boulot, c’était mieux que l’usine. Je gagnais en une seule fois ce que mon père gagnait en 6 mois. Et j’en ai acheté de la fringue, j’en ai écouté du CD, vu du cinéma, baisé des fins de soirées. J’en ai payé, à ma petite mère, de l’écran plat qui rapproche. C’est rénovateur comme cadeau, ça repeint les fissures. La cassure est derrière. Bref. Je me suis fait enculer, avec profondeur, et sur le coup j’ai aimé ça, allongé dans ma certitude de ne rien valoir d’autre. Rien. Je n’avais pas le physique, je n’avais pas l’arrogance.
Aujourd’hui, je le vois partout. L’autre. Avec ses cheveux défaits, ses dents blanches et son air déconnecté. Il dit des trucs comme : ce que je voulais exprimer c’est la souffrance du…bla bla bla. Qu’est-ce qu’il y connaît lui en souffrance ? De quoi il parle ? J’en ai passé, moi, des soirées à chialer sur mon cahier à spirale, clairefontaine. Le livre a marché tout de suite. Sur le site de la Fnac on le trouvait dans la colonne meilleures ventes. Tout près il y avait des Amélie, des Frédéric, des Anna. Très vite on m’a demandé un nouvel opus. 2004. C’était l’heure de livrer, il fallait alimenter les mots du monstre. Il ne savait plus quoi dire, ce con. J’avais faim, tellement faim. Bordel. Je me suis vengé. Un truc bien niais, bien superficiel. Des filles impossibles, de la blanche partout, un va et viens de déchets forniqués. Du Prada-Gucci-Porno-Sado-Chic à deux balles. Une poubelle, en gros. Et tout a fonctionné. Ils en ont pris, il tenait à leur créature. Rentable. Rentable ? Très rentable.
La poubelle à encore mieux marché que toutes mes vérités, à grands coups de grand journal, de samedi après-midi en costard noir et de soirées filmées à l’épaule. Ils ont tout essayé. Vous avez tout vidé, vous avez bouffé la moindre miette du conteneur. Vous avez gratté le fond, réclamez la version poche, pour le fourrer bien au chaud.
Jour après jour, je réalise que je m’enfonce un peu plus au fond de moi-même. Dans cette absence de moi, en réalité. Dans ce vol. Je marche dans la ville comme conduit dans un corbillard, je regarde par-dessus mon cercueil et tout me renvoie l’image de l’autre. Rentrée littéraire, salon, promo, magazine, affiches. Même dans le métro, sous la terre, on m’en parle. Il est là, je suis nulle part. Je n’existe plus. A trop vouloir me défaire de lui, je ne me suis plus défini qu’à travers lui. Je suis l’inverse, le contre sens. Pour réanimer mes veines il faudrait un coup de pub. Meilleur qu’un spot. Le tuer.   

09.09.2007

Plastique

Je dois de toute urgence vous avouer ceci :
Je n’ai dans mes écrits aucune sincérité.
Je suis le prétendant du carré VIP,
Je ne désire qu’une chose : ma place à la télé.

J’étale sur vos écrans des déchets d’insolence
Pour me faire applaudir par des nains domestiques.
Mon érection factice est froide et sans violence,
Je suis l’œil infertile d’une armée sous plastique.

03.09.2007

Jupe

La rotation est lente. Le visage joue à se déformer lentement, presque avec réflexion. Il tourne encore un peu sur son fauteuil et son visage apparaît dans le reflet étroit du miroir. Comme au travers d’une lame, il se voit. Tranché en deux par la lumière de son écran. Il se voit derrière les rideaux qui séparent le salon de la cuisine, de grands rideaux blancs froissés. On dirait la jupe de maman, on dirait que le vent dessine des souvenirs, des parties de jardins, des promenades, des rentrées des classes. Il se trouve beau à l’instant où il fait claquer une bulle de chewing-gum, bien rose. Bien dodue. Comme son cul, son cul de gamin excité.  Il pense : j’ai encore l’air d’un gosse. Son visage change soudainement, la lune s’est élevée au dessus des immeubles d’en face. Il se met à crier. Il hurle en se tirant les cheveux. Il ne s’agit pas de folie. Il faut comprendre le jeu, il joue. Yah ! Yah ! Il rebondit sur son fauteuil comme sur un cheval furieux, comme sur des genoux. Idiots. Yah ! Yah ! C’est un soulagement.

Il se voit à nouveau dans le miroir et analyse son délire derrière ses cris, comme dissocié de lui même, à l’écart. Il se dit : tu as atteint le niveau limite d’acceptation du réel. Il se dit : comme tu te la joues avec tes phrases à la con ! T’en as mare, c’est tout. C’est tout, il en a marre. Marre de la grosse baveuse du bureau, marre de son parfum ignoble et de son gros cul condescendant. Il n’en peut plus de ce petit sourire en coin qu’il s’impose à lui-même à chaque remarque, il n’en peut plus de s’abaisser sous la vulgarité, de renoncer devant ce concentré de connerie. A l’instant où il claque une nouvelle bulle il s’imagine la tête de la grosse éclater devant lui, avec toute sa grosse graisse grasse dégoulinant sur les meubles, sur l’écran et sur la jupe de maman. Il s’agit de mépris. Il se lève et cherche quelque chose à fumer.

20.08.2007

Mlle A. (2)

Il est revenu aujourd’hui. Quand j’ai vu son nom inscrit sur ma liste de rendez-vous la semaine dernière, j’étais à la fois soulagée et prise d’une angoisse suffocante. J’ai repensé à mes cours de théâtre, j’ai ressenti la scène sous mes pieds, la rumeur du public, le craquement des planches. Non, c’est faux. J’essai d’embellir. Les planches ne craquaient pas, ce n’était même pas des planches mais un revêtement en plastique gris affreux. En réalité, ce qui me revient vraiment, ce qui me revient à l’intérieur du ventre, c’est la lumière. Ca n’a rien de romantique, çà n’a rien de l’imagerie merdique d’une passion innocente. On ne lirait pas çà à une petite fille, ce n’est pas assez exceptionnel. Je suis la sorcière, je suis la pute. Quelle différence ? Elles sont bannies, insultées, rejetées, elles vivent derrière le mystère de la porte, de la passe, elles sentent bon le péché, le mauvais, le sale. Elles ensorcellent. Oser pénétrer leur antre est un rituel d’évolution pour le jeune puceau effrayé. Qui osera s’engouffrer dans ce trou noir, si mystérieux, si attirant ? Tous, sans doute. Je suis la méchante. Je veux les mordre, les griffer avec mes ongles rouges, je veux les posséder avec un tas d’instruments, qu’ils me possèdent avec un tas d’instruments, je veux leur offrir mes seins crochus et mes hanches empoisonnées. Il me les faut tous. Je bave en silence derrière mon masque de petite fille timide. Je suis un sida déguisé en bas résilles, je suis un harpon déguisé en chemisier, je suis un 11 septembre déguisé en mèche rebelle. Il a tout de suite craqué, comme les autres. Il s’est trouvé drôle, charmant, il s’est trouvé du vocabulaire. Il a pensé être drôle et différent des autres, peut-être. J’ai joué le même rôle, enfermée dans ce besoin étrange de me sentir vierge, bonne à croquer. Miroir, dis moi qui est la plus belle ? Salaud, dis moi ce que tu vas me faire ? Rien. Il est resté timide, je me suis senti déçue. J’ai dit : quel est le problème ? Une gencive. J’ai dit : quel est ton problème avec moi ? Pardon ? J’ai pensé : vas-te faire foutre. Il s’est allongé, comme tous les autres, il a ouvert la bouche, comme tous les autres, mais rien qui m’appartienne à l’intérieur. Une belle bouche de faux-cul. Il crache, il se relève, il paie, il passe son sac sur les épaules pendant que j’entrouvre un peu plus les persiennes. J’ai senti cette force, cette chaleur possessive me saisir l’entrejambes, par derrière. J’étais piégée. J’essai de me retournée, de lui bouffer sa petite gueule d’hypocrite. Je suis folle amoureuse, en jupette, couchée sur mon lit avec mon journal intime grand ouvert. Grande ouverte, les yeux vers le plafond. Il me tient bien, il ne lâche rien. Il me mord la nuque, d’une morsure douce comme une promesse. La pression s’atténue et je suis incapable de faire quoique ce soit. Il ne reste déjà plus que son parfum et l’emprunte chaude de sa main quand la secrétaire m’annonce un nouveau patient. Au revoir.

16.08.2007

Pierre

Il fallait bien que çà arrive un jour, c’était prévisible, après 30 ans ! On tombe dans le domaine du certain, du légitime. Il aurait fallu prévoir des stocks, se payer quelques années d’être, encore quelques litres de soi. L’homme s’est effacé. Le dernier flacon s’est rendu, fini, vidé. Il l’avait préservé comme un trou de religieuse, depuis des mois. Je le sentais disparaître, bouffé par le vide. Une gangrène. C’est comme s’il avait perdu un membre, une part de son visage. Pire, c’est comme s’il avait perdu sa peau, comme si l’on pouvait voir à travers. Il ne s’agit pas d’une erreur, d’un léger défaut, c’est toute sa personne qui semble transparente, d’une nature incomplète. Estropiée. Lorsqu’on le voit se mouvoir devant nous il y a ce vide, d’abord indescriptible, et de plus en plus pesant. 30 ans ! Je suçais encore le mamelon de ma mère que je sentais déjà l’odeur de ce parfum, si particulier. En bavette, en jupette, en string, la bouche pleine de bonbons, d’alcools ou de restes d’amants, c’était toujours cette même odeur puissante lorsque je sautais dans ses bras. Pour moi, pour nous, il y avait trois choses. Un prénom, Pierre. Un costume, brun et rayé. Et un parfum. Indissociables objets d’un être entier. Le prénom est resté derrière le vieux costume délavé, bien que certain l’ai oublié. Ils disent le vieux, ils disent papy. Ils sucent le sein de maman et ils ne connaissent pas le parfum de Pierre. Ils ne connaissent pas Pierre, tout simplement. Pourquoi arrêter de produire un parfum après 30 ans ? Est-ce qu’ils ont pensé, ne serait-ce qu’une seconde, aux conséquences ? Assassins. Vous l’avez tué, vous lui avez arraché la peau.  Quand sa femme est partie, Pierre s’est relevé, il existait dans son costume, il existait dans son parfum. A l’hôpital, il existait. Les infirmières devinaient sa présence partout, on rigolait. Il marchait bien droit, avec des gestes élégants de vieil acteur italien. C’était son histoire, toute une vie d’homme, une vie d’ancien combattant trahit qui avait commencée devant un miroir. Debout, fière et victorieux dans son costume brun lorsque qu’il mit pour la première fois ce parfum. Il s’était ruiné pour s’acheter cette vie là. Cette vie là est terminée. Nous pouvons nous habiller de noir.  

10.08.2007

Retour d'Hammamet

Sur la plage privée d’un hôtel tunisien, des éclats de sable reflètent et déforment les corps absentés des touristes. Jeunes et blondes. Vieilles et blondes. Jeunes et insolents, vieux et flasques. Des indigènes bronzés font semblant d’être heureux de vous apporter vos transats. A l’ombre ? Au soleil ? Ils dissimulent leur mépris exploité derrière un sourire appris par cœur, quelques phrases en français, en allemand, en russe. Ils aimeraient vous planter un couteau dans le dos mais vous payez leurs ruines, vous sponsorisez leur lutte. Allongé devant l’horizon multicolore j’observe une vieille énorme se faire masser la graisse par un serveur. Il devra bientôt fermer les yeux, cesser de respirer, et penser à sa belle pendant qu’il limera la vieille fente. C’est une source de revenus, il n’y a pas de sot métier. Au secours pardon. Je m’installe avec mon verre de Get 27 entre les cuisses et le dernier Beigbeder entre les mains. Sur la couverture, la légèreté d’une bouche en attente me donne envie d’éjaculer. Devant moi un groupe de jeunes russes s’embrasse et s’endort, se réveille et s’embrasse, se tourne, fume, lit, et s’embrasse encore. Les pages défilent et le soleil gravite. Le froid de la Russie se love autour des corps huilés qui suivent la lumière comme des tournesols insensés. Mouvements robotiques. Au fil de la lecture les images d’une Lena Doytcheva se calque sur les courbes de cette russe, très blonde, allongée là. Lena papier a 14 ans. Lena plage peut en avoir 16 ou 17. Lena papier cite Kant, au-delà de toute vraisemblance. Lena plage lit une sorte de Closer russe. Typo vulgaire, aplats de cyan, de magenta. Éclatés en forme d’étoile. Le mauvais goût n’a pas de frontière. Je ne comprends pas à qui s’adresse vraiment Beigbeder. Passée la lucidité géniale des 100 premières pages, les pages nous décrivent le mal-être d’un univers, certes reflet exact de notre époque, mais si restreint, si propre à un personnage isolé que je ne parviens pas à voir droit dans tous ces mots qui tournent en rond. On s’ennuie, Octave se répète. Lena plage se relève, tourne vers moi ces lunettes Gucci et sa poitrine imparfaite, lourde et tatouée par les plis de sa serviette. De grosses rainures rouges lui parcours les seins comme les cheveux d’une méduse. J’aimerais mordre dans cette chair mythologique. Le récit se transforme dans la dernière partie, intrigante, apaisée dans sa fureur, comme plus authentique. Lena papier et Lena plage se confondent, la beauté se cristallise. Il fait froid. J’imagine des mondes pédophiles, je m’effraie. Vite, la fin. Je veux un drame, je veux une morale, je veux bander en pleurant. Je veux aimer l’impossible. Un type en parachute ascensionnel passe au dessus moi et se ramasse sur une paillote. La peau est écorchée vive, le front s’écoule sur les morceaux de bois. Lena se retourne, regarde le type hurler pendant quelques secondes et puis sort de son sac un tube de crème solaire. Elle se masse les épaules, lève les yeux au ciel en soupirant. Un nuage cache le soleil. Au secours, pardon.

28.07.2007

Mlle A. (1)

Je ne l’ai même pas fait exprès. Non, rien de volontaire. Je ne connaissais personne et j’aurais pu choisir mon dentiste à l’odeur d’un prénom, à sa modernité, par exemple. S’assurer de tomber sur une nana et préférer les Virginies, les Emmas les Béatrices aux Thérèses ou aux Jocelynes. J’aurais pu mettre les chances de mon côté. Non, j’avais choisi par hasard le premier de la liste qui se trouvait être dans mon quartier.  Rue des Martyres, station Division de fer, ligne 1, 7 minutes, 2 arrêts. Escaliers bourgeois, parfum de citron sur la pallier et un amas de parapluies humides plantés dans le tube en plastique noir, affreux. Sonnez et entrez. La salle d’attente était presque vide, une ambiance de fin d’année scolaire glissait dans le couloir et je m’imaginais un instant jouer au pendu avec l’unique femme, vulgaire et froide, assise au coin de la pièce. Le mot était : hématome. J’ai gagné. Le type s’appelait François, diplômé de l’université de Rouen. Ca semble sérieux, François. Ca sent le diplôme le François, ça sent le ministre et l’ingénieur. Ca sent les félicitations le François. Mais en plein mois de juillet le François sentait aussi les vacances. La secrétaire s’est approchée. Monsieur E. ? Oui. C’est à vous. Le docteur B. étant en congés, c’est sa remplaçante Mlle A. qui s’occupera de vous, par ici.
Ce fût d’abord son parfum qui entrouvrit la porte, ses cheveux on ouvert un peu plus, sa main lumineuse à jaillit, et puis son regard s’est planté dans le mien et je fus comme arraché au reste du monde. Une écharde. Elle ferma la porte derrière moi avec une absolue sensualité, me transperçant comme un samouraï qui d’un geste apprit par cœur vous enfonce sa lame en une seconde. Je restai un instant pétrifié au seuil du cabinet quand son sourire me décontracta. Par ici.

Je sentis mes joues brûlantes de honte lorsqu’elle passât autour de moi la petite serviette en papier blanc. Ses bras semblaient aussi gênés que moi, ces gestes maladroits, son regard fuyant.  Nous avons souris longuement, sans vraiment nous voir, sans vraiment nous avouer, juste le temps qu’elle parvienne à attacher le bazar avec la chaîne. J’avais 6 ans et maman me passait la bavette devant les invités. Quelques chose comme çà. Je me sentais totalement ridicule mais je tentais malgré tout de garder une prestance. La discussion d’abord médicale devînt vite amicale, si tant est qu’on puisse qualifier çà de discussion étant donné que mon vocabulaire se limitait à quelques voyelles écumeuses. Elle était merveilleuse dans son chemisier blanc, sa poitrine a moitié découverte quand elle creusait au fond de ma molaire. Je sentais le sang au fond de ma gorge, j’avalais difficilement et cette sensation n’était sans doute pas uniquement due à cette salive chaude. Elle perçait, savante et droite dans ses allures. Une carie. Qu’est-ce qu’une fille peut apprendre de vous au creux de votre molaire ? Au fond d’une racine de dent pourrie ? Qu’elle est le potentiel de séduction d’une gencive pleine de vieux restes ?  Est-ce qu’elle me trouvait beau au fond de mon trou ? Est-ce qu’elle pouvait y lire les mots qui me traversait la crâne ? Lécher, cuisses, ouverture, jésus, salope, sofa. Abricot. Plus elle était belle et plus je m’enfonçais. Vous pouvez crachez, c’est bon. Je t’ai pas fait mal ? Non. Mélange de tout, mélange de salive optionnel. J’aurai voulu lui bouffer la bouche, et les seins et la couvrir de mon sang de dent, de mon sang de trou de dent qu’elle était en train de me faire. Elle souriait. Une pesanteur parfaite se mouvait devant moi. Sa poitrine blanche et lourde comme la plus merveilleuse des diversions. Je ne sentais plus la douleur froide, j’envisageais sur ses tétons des morsures indescriptibles pendant que le petit aspirateur, bêtement accroché à ma lèvre, me ridiculisais encore plus et la bave qui glissait, doucement, comme un plongeur renversé au bord d’un zodiaque. Plouf. Un sourire. Splaff. Elle riait. J’étais rouge de honte. Et amoureux. Le dialogue aurait pu se poursuivre encore et encore. Elle magnifique dans sa beauté blanche, son articulation timide mais sensuelle. Moi, à moitié étouffant, plein de glaire et de morve au fond des mots.

 

A la sortie du cabinet, je ne savais pas quoi faire. Elle me tendit la main mais ayant retrouvé, du moins je me l’imaginais, ma capacité à charmer, je tendis la joue. Ce ne fût pas la bise la plus agréable de ma vie, car à vrai dire j’avais à peine sentit sa peau à cause de l’anesthésiant encore frais, mais notre maladresse et nos hésitations allaient bien au-delà. Je décidai de la revoir….A suivre.

24.07.2007

Tu sens bon.

 Ah bon ? dit-il en se retournant vers elle dans un mouvement pensif. Je sens quoi ? Pour réponse elle avale une bouffée de sa cigarette et se rapproche presque imperceptiblement, son regard immense acoompagné par la voix aliénée d'une Bjork. Elle semble s’induire toute entière dans la musique, comme animée par le rythme. Son regard dure et décrit un parfum sans mot. Un parfum sans corps. Elle écrase sa cigarette et tend ses lèvres vers son épaule. Je suis bien, dit-elle. À cet instant, il entrevoit la terre, il sait qu’il va mourir. Pas tout de suite, pas dans l’heure ni ce soir. Demain ils se lèveront ensemble, la tête encore pleine de brume elle le laissera écarter ses cuisses. Mais comme une magie infortune, ses lèvres l’amènent au cimetière, à l’image inévitable des corps séparés. Il pense : je ne serai jamais plus aussi heureux qu'à cet instant. C’est fini. 

23.07.2007

Il Va Y Avoir du... !

Marre de rester tranquil ! Les deux trous rouges appellent aux cris. Silence, je t'emmerde. Vive la déraison, l'amertume et les poitrines bouilantes. J'ai soif d'un flot amer.Ca faisait longtemps. Il faut imaginer l'intérieur des joues qui saignent d'une odeur d'appétit, il faut voir les longs fils qui puent. Une odeur de naissance. Une bouchée d'huile empruntée à un trou de femme.  Il fallait cessé de cogiter, cesser de planifier, d'intervertir, de comparer, de prévoir, de calculer. Il fallait se contenter du moi. S'avouer. Pourtant j'avais pensé à un avenir, j'ai même imaginé des journées souriantes où les coudes appuyés aux vides je parlais avec des monstres froids. Je faisais le clown, l'ennui en chapiteau, et puis j'ai hurlé mais aucun son ne s'échappait.

 

Je sens les genoux qui craquent et l'odeur du bois saturée d'ennui. Alors, au feu ! et santé ! 

11.11.2006

A LIRE !

Si ce n'est déjà fait, je conseillerai aux quelques voyageurs cherchant leur correspondance ici, de lire ceci :

 "CORPUS CHRISTINE" de Max Monnehay, Editions Albin Michel.

 Bon voyage.

26.10.2006

UNE VERITE QUI DERANGE

http://www.criseclimatique.fr/ http://www.criseclimatique.fr/

27.08.2006

L’impatience

 est une autodestruction. Je vais mourir bientôt de vouloir exister trop vite. Trop tôt. Je mourrai demain dans un lac de rêveries en devenir, des bourgeons d’existence. Je cours après tout ce temps passé à désirer des avenirs incertains. Il faut payer le loyer et rembourser sa dette d’illusion. Simultanément. Souffrir d’un quotidien qui s’absente, et souffrir de cette absence, chronique. Je n’ai plus le temps de parler, je dois chuchoter ailleurs de petits mots inutiles que le monde ne lira sans doute jamais. Il n’y a aucun drame. J’ai préféré la matière des livres aux entrailles de femme. J’ai préféré caresser des pages que de m’investir dans les chagrins d’une mignonne. Je suis un égoïste. Comme le temps. Le temps qui se moque de l’existence des êtres. Je voudrais m’aplatir. Naître au creux de tes mains. Je voudrais que tu sois fier de moi. Je veux ton regard éclaté au bout d’une gondole. Je veux tes soupirs et tes larmes tombés sur mes lignes mauvaises. Je suis un vilain garçon qui n’a jamais aimé que lui. Je m’en vais. Tout doit disparaître. Un jour tu me poseras sur une étagère, quelque soit ma matière. Papier ou cendres. Tu te souviendras de moi. Ailleurs.  

 

19.08.2006

La vie

par-dessus le goudron, est une suite névrotique d’abandonnements et de résiliations. On quitte un appartement, on quitte une femme, on perd un chien, on s’attache à une ombre, on abandonne un rire. Pour EDF, il suffira de relever les compteurs, heures creuses, heures pleines. Passer un coup de fil. Tout n’est pas si simple. Parfois il faudra rendre le matériel, rendre les clés, rendre la vie. Et là encore il faudra contracter un abonnement au néant, une souscription aux larves. Et pour d’autres, l’absence et le souvenir, forfait de chagrins. Illimité. Et pas seulement le soir à partir de 20 heures. Et pas seulement le week-end et les jours fériés. Bouygues Telecom est une mauviette, dérisoire. J’ai contracté envers toi une offre exceptionnelle, sans concurrence. J’ai signé sur ta tombe des engagements infinis et chroniques.

 

14.08.2006

Maman a poussé fort.

Très fort. Une sage-femme méditerranéenne lui tenait la main. Respirez. Poussez. Encore. Respirez. Et papa à côté ne savait pas quoi faire, alors il souriait. Un peu. C’était un acte d’amour. La délivrance. Des oncles allaient venir et offrir des bavettes. Des hochets. Des grenouillères. La chambre était prête. Papa avait cousu des rideaux merveilleux, un soleil protecteur s’acheminait déjà sur le bois du berceau et le papier peint rose. C’était précis et tendre, simplement évident. On aurait dit du Proust. Le soir nous promettait des sourires allongés, comme les élastiques infinis tendus entre les jambes des fillettes heureuses.  Respirez. Pousser. La mère en larmes et le sang de la croupe qui s’écoule et l’enfant qui jaillit dans l’écartèlement amoureux de la chair. On s’imagine déjà souffler des bougies sur la table en formica. Il y aurait des boucles blondes et puis des dents de lait, et puis un prénom inscrit sur des papiers. Multicolores. Surprise ! Respirez. Poussez. L’être minuscule glisse une dernière fois comme un manchot lourd dans son costume de sang. La banquise est froide et le corps de l’enfant. Identique. Aucun cri. Et la main de papa sur le front de maman, les yeux qui se ferment et qui comprennent et qui s’ouvrent et qui hurlent. Des yeux qui hurlent. Avez-vous déjà vu des yeux qui hurlent ? L’effroi. L’horreur. Tout le monde à comprit et jusqu'à la sage-femme. Respirez. Ca va aller. Respirez. Et puis le vide. Nous soufflerons les bougies peut-être une autre fois.

 

Que serais-tu devenue, ma sœur ? Ma grande sœur. Je suis né bien après toi. Et j’ai crié. C’est une différence qui nous a séparé. Je te rejoindrai plus tard. Tu aurais grandie, aurais connu l’école et l’amour des garçons. Tu aurais eu une adolescence pleine de boutons, de poitrine en suspens et d’affiches de cinéma. Tu aurais eu un journal dans un tiroir sous le lit dans lequel on aurait lu des phrases. Aujourd’hui, Sébastien m’a souri. J’aime bien Sébastien. Parfois j’ai envie de lui tenir la main et parfois j’aimerais qu’il me caresse. Peut-être la nuque. Ca serait bien. Ma sœur, ma Louise, tu aurais aimé les odeurs de juin, à la campagne, aurais donné ton corps pour la première fois. Tu aurais crié. Crié ! Vivante. Vivante. Vivante.  Tu aurais connu des époques sans sida. Un jour, tu aurais étudié, rencontré des jeunes torses, aimé des mèches écervelées, lancés des pavés en te prenant pour une révolutionnaire. Tu n’aurais cru en rien, mais tu aurais aimé combattre. Te sentir exister. Aurais-tu fait comme Isabelle, Sandra et Clémentine ? Oui, j’en suis sur. Tu aurais partouzé avec Julien, Vincent, Renaud, Stéphane, et Sylvain, et Yann et d’autres. Yann aurait été fou de toi, il aurait écrit des livres. Plus tard. Oui tu aurais aimé te faire lécher, bouffer, pénétrer, humilier, écarter, aimer, rejeter, prise et soulager. Il y aurait eu du jus entre tes cuisses et du miel sur ta peau. Car tu aurais cru en l’amour. Et des giclées d’amants t’auraient rendue heureuse. Partout sur ton corps de femme et bientôt dans le trou, au fond du silence, dans la moiteur de l’espoir. Car il y aurait eu la plage, vos deux mains sur le sable, et l’horizon scintillant. Le restaurant le soir et la bague et les jardins de mai. Les jardins de mai. Et février, très vite, avec les hurlements. Respirez. Poussez. Respirez. Je serais venu, par obligations ? Les bras pleins de bavettes, de hochets, de grenouillère. J’aurais sans doute détesté cet homme, la main dans la tienne. Il aurait sourit, un peu. Comme pour me dire : regarde ce que je lui ai mis à ta sœur. Regarde comme je l’ai bourrée avec ma verge folle. J’ai sué dans sa couenne, j’ai joui dans sa chair. J’ai écarté son cul. Et regarde comme elle est belle. Et regarde comme elle gueule.

 

L’enfant serait sorti et braillant. A un anniversaire, tu m’aurais dis. Je suis heureuse. Comme ta mère. Sans doute. Si tu avais crié plus tôt.

10.08.2006

Les plages de Bretagne

 sont des miroirs. Elles ne trichent pas. Elles sentent l’ennui et la solitude. C’est un reflet. Personnel. D’autres j’imagine parviennent à y déceler les contours harmonieux d’une légèreté. Une paix. Nous longeons l’écume durant quelques kilomètres et la présence humaine subit des mutations. Au hasard, des foules s’amassent. Des couples s’isolent. Les enfants braillent et leurs cris étouffés dans la rumeur du vent expriment en permanence des sentiments opposés. Joies. Colères. Peines. On ne sait pas trop. Ils commencent à vivre, dans les parfums d’algues. Au dessus d’eux un message défile dans le ciel. Au Cora le paquet de six merguez est à 2 euros. C’est une offre exceptionnelle, j’imagine. Des femmes disent à leur mari qu’il ne faudra pas oublier. Tu me manques. Je suis Mathieu au milieu des serviettes et des chairs cramées et la trace de ses pieds m’emmène près des dunes où le monde se disperse et s’annule. Des familles s’étonnent de nos jeans, de nos lunettes trop sombres, de nos gueules arrachées. La sensation du cul posé sur le sable rappelle des émotions de couches. Je me sens bien assis dans ma merde, au chaud dans mon étron. J’aimerais que maman soit là pour me soulever les jambes. Lécher mon cul poisseux de sa main maternelle, aimante. De cet amour unique que l’homme, dans les années, et dans les trous de femmes, cherchent à reconnaître.

 

Au fond d’une poche la note du Flore, égarée. Deux demis. 17 euros. Le tarif de la frime. D’autres diront du prestige. Ici, la glace est à deux euros, comme les merguez,  et les cheveux des fillettes sentent le chocolat. La vanille. En regardant la mer, on pourrait aimer vivre. Seulement la solitude. Une quinquagénaire ventrue se déploie devant nous avec la grâce pesante d’un morse. Les bourrelets s’affaissent dans la gravité. Le ventre de l’affreuse organise des tranchées. On dirait Verdun. Verdun en gras, Verdun dans la glaise, Verdun dans la glaise grasse et suintante. Ses deux mamelles forment un carré, une base.  Une zone de ralliement ou aucun missionnaire n’ose plus s’apaiser. Pourtant bientôt la main de l’affreuse se diverti. Elle glisse. Et sur le sein et sous le maillot. Le maillot rétréci, descendu et maintenant, écarté. Mathieu me fait signe d’un sourire connu. Amicale. Tu me manques. Perdu aux abords des vagues, légères, les petits garçons ne comprennent pas les mouvements de femmes vieilles. Ils ne regardent pas. Les coquillages produisent des sons beaucoup plus amusants. Pourtant la vieille commence à émettre des gémissements lourds, juste devant nous. Elle n’a pas de poils, elle s’accroche à la vie. A la jeunesse. Elle prétend à l’orgasme car ses yeux se retournent et observe nos regards impossibles. Lunettes noires. Elle se retourne, un peu. S’agite. Je crois qu’elle aimerait qu’on la touche. Un peu déçu de nos immobilismes, elle fait semblant de jouir, c’est un peu pathétique. Mathieu termine sa cigarette.

 

Les plages de Bretagne sont des amis. Elles incitent à communiquer. Tu me manques. Je rêve de tes lèvres, d’un pont, d’un cliché d’amour sur une carte postale. Je rêve de mordillements, petites choses intimes au creux d’un abandon. Demain, devant les bars-tabac il y aura un titre en gras sur un fond jaune. Suicide : une femme retrouvée morte sur l’armor-plage. Il y aurait sans doute fallu offrir de la pénétration. Faire un don de chair, laisser croire au plaisir. Sans doute.

 

03.08.2006

Je pars.

Je dérive dans la fiction. Une semaine de vacances. Par rapport à quoi ? Dans nos sociétés furieuses la notion de vacances n’a plus aucun sens. C’est une absurdité. La note sera longue. L’absence, quelque qu’elle soit, amène les terriens à la charité. Ou au crime.  Les gares me désespèrent, cela n’a rien à voir avec l’émotionnel. Les quais sont simplement d’un ultime inconfort, je déteste l’attente et l’odeur remuée des êtres. Les voyageurs sont laids et puent la sueur accumulée. Même cette blonde étendue vers le ciel cache derrière ses longueurs cuivrées des parfums de crasse. Je suis quasi certain que son sexe est, à cet instant précis, tout à fait inconfortable et fétide. Le voyage est relativement long et entre mes mains moites je change peu à peu d’avis sur un Alain Soral, qui dans certaines lignes maladroites parvient à l’évidence et la misère du désir semble attirer sur moi des regards inquiétants. Dans la voiture tremblante quelques dialogues adultes s’échangent avec diplomatie, on parle de cancer et de chimiothérapie et j’observe sur les visages des détachements polis. Il suffit d’écouter. Dans la réalité des plannings égoïstes ces histoires d’hôpitaux n’existeront plus au-delà du transport. Il existe des discours infiniment transitoires. L’empathie n’est qu’une représentation temporaire. Un leurre.

 

Arrivé à Paris. Messages. Laisser appuyer sur la touche 1. Bonjour, vous avez trois nouveaux messages. Ma sœur, arrivée à Marseille. Satisfaite du temps. Mathieu. Qu’est-ce que tu fous ? je croyais que tu arrivais ce matin. Départ 20h00. Montparnasse. Le grésillement du portable est insupportable, j’atteins la limite corporelle. Message de Yann Moix : C’est Yann, j’ai croisé Nicolas hier soir, t’arrives quand ? Je partage ma soirée avec une beauté russe, généreuse, si le voyage tant dit. Rappelle moi. A vrai dire passer la soirée avec Moix et sa russe médiatiquement conquise aurait pu me distraire mais j’ai promis à Mathieu ces quelques jours en Bretagne et je suis un garçon à l’éducation sérieuse. Et poli. J’appelle Moix pour démissionner de son invitation amicale et il y a dans sa voix un mélange de triomphe et de regrets semi-avoués (ce genre d’invitation n’est la plupart du temps qu’un alibi bidon afin de justifier un mode de vie étonnant). La vie des auteurs à succès n’a rien de palpitante. Ils sont le plus souvent seuls, à convoiter des cuisses aimables devant leur écran Internetisé où accouder à des mondanités froides et théâtrales. Je rejoins doucement Montparnasse, non sans m’interrompre un instant devant une vitrine et l’idée d’acheter une paire de tongs me semble concevable lorsque j’aperçois le nombril affolant de Julie, stagiaire. C’est écrit sur le badge. Le modèle est cher, j’ai l’impression d’exister. Je l’informe. Je suis le meilleur écrivain de ma génération. Elle pourrait être flattée. Elle n’en a rien à foutre. Ou peut-être simplement sait-elle que je mens ? Toutefois elle m’indique, dans un sourire large et avec cette main dénivelant sur ma cuisse, son horaire de fin de journée. Elle est rigoureusement parfaite dans cet accroupissement, immobile, devant moi. Dans ses dix-huit ou dix-neuf années. Elle sortira de son univers salarial d’ici quelques minutes et je décide que pour une fois les trains m’attendront. Mathieu m’en voudra, peut-être, et alors j’oserai croire que j’ai une certaine importance pour lui. Il ne faut pas hésiter à décevoir les êtres, la colère et le reproche sont une solution simple pour s’instruire d’une amitié. J’ai souvent été déçu de ne pas être détesté, temporairement, par un ami. J’attends donc ma nouvelle élégante dans un café près du jardin du Luxembourg où des adolescents se roulent des pelles dans la chaleur. Il n’y a plus de sacs à dos au bout du banc. Je réalise que j’ai vieilli. Les sacs à dos trop larges tambourinant sur les petites fesses rondes des amoureuses appartiennent déjà à une autre époque. La petite garce sort de son sac à main D&G un tube de gloss qu’elle s’applique sur les lèvres d’un air innocent et l’autre en face d’elle imagine déjà le rose luisant coulisser sur son membre. Tout n’a pas encore changé. Julie me rejoint et elle n’est pas tout à fait différente de miss gloss assise là-bas. L’élégance en plus. La poitrine aussi. Et cette volonté affichée de provoquer mon durcissement. Qu’elle vérifie bientôt, sous la table. C’est une erreur. Le geste anéantissant qui induit la chute. On ne désire jamais rien d’autre que ce qui nous échappe. Le cadeau est joli parce qu’il se cache encore derrière son papier. Pour le romantisme de la saynète, j’embrasse avec animalité ce visage trop parfait et je quitte la table sans payer, sous des insultes surprenantes.

Je retrouve Mathieu juste à temps. 20h00. Montparnasse. Direction Lorient. J’espère que ces quelques jours effaceront un peu mes maux de crânes et mes envies de cutter. Mathieu me vante les bienfaits de sa Bretagne natale comme s’il s’agissait d’herbes précieuses. Je m’apprête à rencontrer des pâturages, des  galets, des chanteurs celtiques et, c’est une promesse, quelques indigènes épicuriennes. Il faudra s’exercer aux traditions locales.

Arrivés à Lorient. Connexion. Vous avez un nouveau message. De : YM. Que connais-tu de moi, sombre merde ? Je t'embrasse.

Il est temps d’investir le réveil.

31.07.2006

Ils n’ont rien compris.

Ils ont cru quand frappant sur leurs petits claviers névrosés des bites, couilles, chattes, foutre, ils allaient être riches d’intelligence, d’insolence. Ils ont cru appartenir à de nouveaux auteurs géniaux parce qu’ils parlaient de chair, ou de libéralisme. Ils ont accentué, multiplié, névrosé, parodié les enculades, les dilatations, les éjacs et les trous béants en espérant convaincre. Ils s’en ont mis plein la gueule. Et leurs traits sont vulgaires et pathétiques comme un maquillage lourd et étalé sans talent. Leurs peaux, parfois, ne semblaient pourtant pas dénuées d’intérêt. On pouvait y voir quelques rugosités, quelques rougeurs humaines et vives et pas tout à fait ridicules. Pour faire chic, ils ont aimés peupler leur désert d’une diversité de griffes, de marques, la calibration logotypée de leur fausse existence. Un désastre. Une transparence qui essai encore et encore et encore de s’accrocher à une réalité vivante. Ils ne semblaient pas remarquer, dans le miroir numérisé, la couleur grisonnante et froide de leur visage. Leur corps s’accoutumait de cette maigreur aigrie, ils fondaient peu à peu dans un moule erroné. Ils n’ont rien comprit. Je vais quitter la troupe. Nul part où aller. Les théâtres où jouer ont été envahis par un nombre inquiétant d’imposteurs. Et je ne crois plus en la révolution.

 

 

28.07.2006

Je reste insensible

au mouvement de la foule. Des regards s’obstinent à convaincre mon éloquence. Rien ne sort de ma bouche. Pourtant il faut que je revienne avec fracas, il faut les satisfaire. Ils ont besoin de mon cynisme, je vois leurs lèvres écartées qui bavent. La fente dégouline dans la lumière ambrée. C’est un nombre ahuri de tombeaux, vides, près à recevoir mon cadavre froid. Ils vont le cajoler, et boire infiniment ma liqueur. Mathilde s’extasie déjà de mon regard inquiet, il y a une certitude humide derrière ses paupières. Pourtant je ne dis rien, pas encore, pas un mot. Je ne dirai rien. Ils trouveront cela épatant. Je parviens à saisir la main de Mathilde et nous nous éclipsons dans diverses obscurités. Nos silences fugitifs s’allongent finalement sous des branchages inconnus, je ne connais rien de la nature. La nature me semble si artificielle. Mathilde porte une robe élégante et les branches hésitantes tracent des ombres animées sur sa nuque, son dos nus. Et ses chevilles. Ses chevilles si fines, entrelacées de cuir. Sans aucun mot, je caresse les longueurs de ses cuisses et sa robe forme une alcôve de chaleur réconfortante. Je sens ma main comme une enfant, presque innocente, sous la table estivale, derrière la nappe où s’écoulent des jambes de maman et de tantes. Je suis bien dans cette résidence chaude où la lumière transperce teinté des couleurs de l’étoffe. Mathilde est généreuse et bientôt elle m’offre son sexe étroit dans lequel je glisse avec mélancolie. Son trou sent la pelouse. La pelouse fraîche du nouveau jour, elle sent le matin. J’entends sa bouche épeler des mots tendres, et des noms d’animaux. Des petites choses. Et pourtant je reste incapable de prononcer un mot. La pénétration devient violente. Je sens qu’elle est polie, et humaine, et prodigue car son trou s’élargit et je flotte dans un vide humide. Des jets violents éclaboussent mon torse. On dirait de la pisse, peut être. Pourtant les parfums de pelouse sont immobiles. Elle caresse mon torse, lèche  ses doigts, se renverse. Son cul s’est entrouvert sans aucune formule. Ali Baba est une sombre merde. Il n’a rien compris. Je rentre, je suis très volontaire et son cul est dur. Pas du tout comme dans un prix de Flore. Ils mentent. Son cul est dur et mordant. Elle m’encercle la queue avec sa plaie ridée, je l’observe. Je me venge. La lutte s’établit, il faut étendre le domaine. Parvenir à l’étonnement. Quand la douleur devient insupportable pour nous deux, je me retire dans une grimace et, mutuellement, on se remercie. A vrai dire, je n’étais venus là que pour une chose, dire merci.

 

26.07.2006

quelques

jours d'absence au milieu de nous. Un vide. Le temps s'évacue par quelques filaments vivants, une occupation de l'humain. Je n'y crois pas vraiment. Je reviendrai demain.

20.07.2006

Le prince

lui a dit de se taire, gentiment, de bien vouloir fermer sa petite gueule. Et dans l’espace effleuré des derniers rayons du soir, le silence existât. Il y avait plu. Les toits diffusaient un souvenir de ciel chaud avec l’élégance vaporeuse d’une vampe. Une vampe cruellement magnifique, assise et fumante, avec de ces  doigts longs qui invitent au toucher. Une pute, entourée d’immobilités inquiétantes. Autour d’elles se préparent des évènements dangereux. Le prince écarta l’étoffe étroite, pressa sur son dos afin qu’elle se cambre, encore, qu’elle sente l’autorité par-dessus elle, comme un peuple affamé qui regarde au balcon. Elle désirait la force et la courbe puissante du sexe. Elle implorait en silence l’humiliation publique. Car le prince aimait partager ses divertissements, c’était un homme généreux. Les convives, d’abord, passèrent un a un à l’intérieur de ses excavations. On pouvait observer une diversité de formes et de longueurs, et quand les couleurs se mêlaient aux liquides on pensait aisément à Rubens, ou a Larry Clark. Le ciel s’est étonné, il y a eu un grand cri. A l’intérieur d’un corps, quelque chose s’était brisé. Le sexe princier venait de pénétrer la chose, et s’affolait. Et s’affolait. Un chien avec un os. Elle ne pouvait retenir ses cris, elle hurlait sous le vacarme des encouragements. Le peuple levait le poing, insultait la chienne et glissait dans des rires saoulés. Quand ces cheveux se sont mis à brûler, quand des vapeurs d’essence mutaient sur sa peau transparente, la petite chose s’est mise à hurler plus fort. Un instant, le prince a réfléchi. Une couronne s’envolait. Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi je pleurais. Aucun rapport humain ne m’attachait au spectacle. Les hommes me semblaient si lointains. Et je n’ai jamais aimé ni les cirques, ni les zoos. Pourtant des images de peaux vives et sculptées de filaments brûlants produisaient en moi quelques sursauts inquiets. Elle s’est écroulée devant le châteaux, et les lambeaux noirs de sa son visage se sont mêlés de graviers et d’un air estival qui disait « Come prima….tu me donnes tant de joies…. ».